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Commentaire par le journaliste David Glaser pour les Inrockuptibles
sur la prestation de David Lynch et son groupe à l'Olympia
le 11 septembre 2002.
Critique parue dans sur
le site des Inrockuptibles
le 12 septembre
Le clou de la soirée, le festin de David, ou la parfaite
demi-heure de concept blues-punk, grand moment de rock'nroll
moderne, grande tragédie-rupture de mythe pour dautres.
Aussi juste que les cordes pincées par ses soins pour accoucher
dabsolues stridences et dinquiétantes distorsions
dans les bande-sons de ses films, Lynch, guitare électrique
sur genoux comme Ben Harper, tapote, de ses phalanges, la partie
haute de son manche.
Bruits désespérément noyés dans la
masse parfaitement dosée de Blue Bob, mais peu importe,
il est là dans son costume sombre, sa tignasse rehaussée
dune gomina de rock-star quil a pris lhabitude
de plaquer depuis longtemps sur son poil poivre-sel, le charme
absolu, la classe divine, David Lynch est ravissant.
Le chanteur John Neff alterne les chants religieusement avant-gardistes
sur de la musique dambiance jazzy bleue-noire à la
Blue Note, avec une série de courtes parodies de walking
blues originales et entraînantes. David Lynch na pas
fait honneur au reste de Blue Bob et au public du festival des
Inrocks dagrémenter le show de quelques-uns de ses
courts-métrages rares en toile de fond. Non, Lynch est
là pour la musique et ça se voit ! Concentré
jusquà paraître effacé, le réalisateur
de Lost Highway rappelle dans cette attitude de retrait quil
respecte les musiciens, les siens et ceux quil a choisis
pour accompagner sa filmographie.
Sur le côté gauche de la grande scène de
lOlympia, Lynch semble méditer sur deux ou trois
sons quil reproduit sur des variantes de rythmes différents
dun morceau à lautre. Le public semble même
raffoler de lobscure tentation lespace dun
morceau - floydienne de Blue Bob, comme quoi introduire au rayon
BOF des éclairs du Pink Floyd beauf période Gilmour
peut passer comme une lettre à la Poste.
Le fan des bande-sons Badalamenti-Lynch regrettera, quand même
un peu, labsence de traces mélodieuses pop chez Blue
Bob. De Mulholland Drive à Lost Highway en passant évidemment
par Sailor et Lula, les hits lynchiens se sont succédés,
de la chanson sucrée et vieillotte (normal vu sa date de
sortie) de la chanteuse lollypop Linda Scott aux brillantes manifestations
lyriques de ses acteur-chanteur (Nicolas Cage) ou de chanteur-acteur
(David Bowie), Lynch nous a gâtés, mais rien dans
la prestation de John Neff, la voix de son maître ne semble
montrer une quelconque envie de chanter du blues-pop facile à
retenir.
Le rappel vient de sachever, plus de vingt-cinq minutes
de concert, les Parisiens semblent surpris, David a déguerpi.
Le public croit à une farce, au concert-concept en deux
parties, aux décors différents. Rien de tout ça,
le côté expéditif du concert ne semblait pas
exceptionnel, il ne fallait y voir que le côté malin
dun artiste qui fait ce quil veut et surtout ce quil
peut (le répertoire live de Blue Bob nest certainement
pas extensible). Après, un concert si beau et si court,
cest ce que pouvait nous offrir de mieux un réalisateur
si doué pour effacer la notion despace temps à
lécran.
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