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A 56 ans, l'un des grands maîtres du cinéma
moderne sort son premier album, Blue Bob, avec l'excitation et
l'innocence d'un adolescent. Pour la première fois sur
scène au Festival Les Inrocks/Orange, il prend tous les
risques, par pur plaisir.
Pourquoi BlueBob maintenant, et pas il y a quinze ou
vingt ans ?
J'ai toujours été intéressé par le
son. Angelo Badalamenti (son compositeur depuis Blue Velvet)
m'a fait découvrir le monde de la musique. D'abord à
travers le cinéma, puis nous avons travaillé sur
des projets et produit deux albums avec la chanteuse Julee Cruise
(qui chante le thème de Twin Peaks), dont j'ai écrit
les textes. Nous avons travaillé de pair, en discutant
: j'avais des idées, des impressions à utiliser
pour tel et tel son, mais je n'étais pas musicien. Grâce
à Angelo, j'ai pu travailler avec de grands musiciens en
tant que metteur en scène, ou en son. Je suis donc arrivé
dans ce monde à ma manière. Et comme j'ai toujours
voulu avoir mon studio, il y a cinq ans et demi, je l'ai construit
chez moi.
Pour enregistrer quoi exactement ?
les bruitages, la musique, tout ce qui pouvait être
enregistré pour la bande-son d'un film - et bien sûr
le mixage. C'était juste après avoir commencé
le tournage de Lost Highway. Je voulais un endroit où
le temps ne m'étais pas compté, car il y a beaucoup
de pression lorsqu'on entre en studio : vu les coûts, vous
sentez que vous ne pouvez pas vraiment expérimenter...
Enfin, moi, j'expérimente toujours, mais je ressens uen
certaine culpabilité. Vous pourriez prendre un chemin qui
vous emmène plus loin que prévu, un très
beau chemin, mais vous ne pouvez vous le permettre financièrement.
Si vous aviez votre endroit, vous pourriez emprunter ce chemin.
J'ai alors fait appel à des architectes sonores qui m'ont
construit ce très beau studio. La pièce est normale,
mais les murs font quarante-cinq centimètres d'épaisseur
avec, au milieu, deux centimètres et demi d'air. L'isolation,
la taille, la forme de la pièce, le revêtement des
murs, tout a été étudié et dessiné
pour permettre au son d'être ce qu'il est réellement.
John (Neff) est l'ingénieur qui est venu m'installer
le studio, c'est comme ça qu'on s'est rencontrés.
Après dix millions de kilomètres de câble
et quatre cents millions de boutons, j'ai expliqué à
John que je ne me sentais pas capable de le faire fonctionner
tout seul. Il a posé sa candidature, et voilà !
J'ai pu commencer à réaliser un rêve que je
chérissais depuis longtemps.
Quel est votre premier souvenir lié à
la musique ?
il y avait toujours de la musique à la maison,
mais plutôt de la musique classique. Comme pour tout le
monde, en 1956, tout a changé. J'avais 10 ans. Un nouveau
style était né. j'ai compris immédiatement
è il afut dire que c'est arrivé bruyamment. A cette
époque, il y avait beaucoup de styles qui se croisaient,
mais le rock'n'roll les a tous supplantés. Quand
on grandit, la musique que l'on écoute se marie avec ce
que l'on vit et devient une partie de soi. J'étais particulièrement
impressionné par Elvis Presley ; Gene Vincent, avec Be-Bop-A-Lula,
est proche de la perfection, et Roy Orbison avait ce petit quelque
chose qui faisait rêver. C'est peut-être de lui que
me vient l'amour des chansons tristes.
Enfant ou adolescent, vous n'avez pas essayé
de chanter ?
Non, je ne suis pas un chanteur. Je trouve ça trop gênant.
Et je ne pense
vraiment pas avoir une jolie voix. Je n'avais pas envie de monter
sur
scène. J'ai quand même joué des bongos dans
un groupe au lycée,
mon ami Rony jouait de la guitare et mon ami Charlie chantait.
Aviez-vous déjà joué de
la guitare ?
La première fois, c'est sur Blue Bob. C'est
la première chose sur laquelle on a travaillé dans
le studio. Je suis venu à la guitare toujours par ce processus
d'action et de réaction. Réagir à un son,
le pliez, le sculptez. J'ai commencé à jouer upside
down and backwards : la seule façon dont je sais jouer.
Enfant, j'ai appris la trompette , mais je ne peux plus jouer
longtemps ; mes lèvres ne suivent pas, je ne pratique plus
assez.
Vous aimez deux aspects de la musique ; le coté
violent, que l'on
retrouve dans Lost Highway, et le côté plus
onirique et mélodieux,
avec Julee Cruise. Pourquoi avoir choisi le premier pour Blue
Bob ?
Quand je Joue avec John, c'est comme ça. Maintenant, je
vais vous confier un secret : je joue avec une guitare Black Bird.
C'est une guitare noire, fantaisiste et très sophistiquée.
J'utilise deux amplis Ampeg, vous entendez ce son qui vous fait
jouer d'une certaine façon. Toujours ce processus d'action
et de réaction. On ne s'est pas dit : "Tiens, faisons
du metal !" Lorsque vous entendez ce son, vos cheveux
s'allongent de 50 à 60 centimètres, votre peau s'étire
: c'est BlueBob. Mais nous travaillons aussi avec Rebekah
Del Rio (la chanteuse qui reprend Crying a capella dans
Mulholland Drive). Nous avons composé des morceaux
plus rêveurs, mais ce n'est pas Blue Bob.
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