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  Musique : Bluebob (2002) - Les Inrockuptibles - Entretien avec David Lynch  
 
 

Bluebob le flambeur, entretien avec David Lynch par Christian Fevret

Entretien paru dans les Inrockuptibles, numéro 363, 6 au 12 novembre 2002.

 

A 56 ans, l'un des grands maîtres du cinéma moderne sort son premier album, Blue Bob, avec l'excitation et l'innocence d'un adolescent. Pour la première fois sur scène au Festival Les Inrocks/Orange, il prend tous les risques, par pur plaisir.

Pourquoi BlueBob maintenant, et pas il y a quinze ou vingt ans ?

J'ai toujours été intéressé par le son. Angelo Badalamenti (son compositeur depuis Blue Velvet) m'a fait découvrir le monde de la musique. D'abord à travers le cinéma, puis nous avons travaillé sur des projets et produit deux albums avec la chanteuse Julee Cruise (qui chante le thème de Twin Peaks), dont j'ai écrit les textes. Nous avons travaillé de pair, en discutant : j'avais des idées, des impressions à utiliser pour tel et tel son, mais je n'étais pas musicien. Grâce à Angelo, j'ai pu travailler avec de grands musiciens en tant que metteur en scène, ou en son. Je suis donc arrivé dans ce monde à ma manière. Et comme j'ai toujours voulu avoir mon studio, il y a cinq ans et demi, je l'ai construit chez moi.

Pour enregistrer quoi exactement ?

les bruitages, la musique, tout ce qui pouvait être enregistré pour la bande-son d'un film - et bien sûr le mixage. C'était juste après avoir commencé le tournage de Lost Highway. Je voulais un endroit où le temps ne m'étais pas compté, car il y a beaucoup de pression lorsqu'on entre en studio : vu les coûts, vous sentez que vous ne pouvez pas vraiment expérimenter... Enfin, moi, j'expérimente toujours, mais je ressens uen certaine culpabilité. Vous pourriez prendre un chemin qui vous emmène plus loin que prévu, un très beau chemin, mais vous ne pouvez vous le permettre financièrement. Si vous aviez votre endroit, vous pourriez emprunter ce chemin. J'ai alors fait appel à des architectes sonores qui m'ont construit ce très beau studio. La pièce est normale, mais les murs font quarante-cinq centimètres d'épaisseur avec, au milieu, deux centimètres et demi d'air. L'isolation, la taille, la forme de la pièce, le revêtement des murs, tout a été étudié et dessiné pour permettre au son d'être ce qu'il est réellement. John (Neff) est l'ingénieur qui est venu m'installer le studio, c'est comme ça qu'on s'est rencontrés. Après dix millions de kilomètres de câble et quatre cents millions de boutons, j'ai expliqué à John que je ne me sentais pas capable de le faire fonctionner tout seul. Il a posé sa candidature, et voilà ! J'ai pu commencer à réaliser un rêve que je chérissais depuis longtemps.

Quel est votre premier souvenir lié à la musique ?

il y avait toujours de la musique à la maison, mais plutôt de la musique classique. Comme pour tout le monde, en 1956, tout a changé. J'avais 10 ans. Un nouveau style était né. j'ai compris immédiatement è il afut dire que c'est arrivé bruyamment. A cette époque, il y avait beaucoup de styles qui se croisaient, mais le rock'n'roll les a tous supplantés. Quand
on grandit, la musique que l'on écoute se marie avec ce que l'on vit et devient une partie de soi. J'étais particulièrement impressionné par Elvis Presley ; Gene Vincent, avec Be-Bop-A-Lula, est proche de la perfection, et Roy Orbison avait ce petit quelque chose qui faisait rêver. C'est peut-être de lui que me vient l'amour des chansons tristes.

Enfant ou adolescent, vous n'avez pas essayé de chanter ?

Non, je ne suis pas un chanteur. Je trouve ça trop gênant. Et je ne pense
vraiment pas avoir une jolie voix. Je n'avais pas envie de monter sur
scène. J'ai quand même joué des bongos dans un groupe au lycée,
mon ami Rony jouait de la guitare et mon ami Charlie chantait.

Aviez-vous déjà joué de la guitare ?

La première fois, c'est sur Blue Bob. C'est la première chose sur laquelle on a travaillé dans le studio. Je suis venu à la guitare toujours par ce processus d'action et de réaction. Réagir à un son, le pliez, le sculptez. J'ai commencé à jouer upside down and backwards : la seule façon dont je sais jouer. Enfant, j'ai appris la trompette , mais je ne peux plus jouer longtemps ; mes lèvres ne suivent pas, je ne pratique plus assez.

Vous aimez deux aspects de la musique ; le coté violent, que l'on
retrouve dans
Lost Highway, et le côté plus onirique et mélodieux,
avec Julee Cruise. Pourquoi avoir choisi le premier pour
Blue Bob ?

Quand je Joue avec John, c'est comme ça. Maintenant, je vais vous confier un secret : je joue avec une guitare Black Bird. C'est une guitare noire, fantaisiste et très sophistiquée. J'utilise deux amplis Ampeg, vous entendez ce son qui vous fait jouer d'une certaine façon. Toujours ce processus d'action et de réaction. On ne s'est pas dit : "Tiens, faisons du metal !" Lorsque vous entendez ce son, vos cheveux s'allongent de 50 à 60 centimètres, votre peau s'étire : c'est BlueBob. Mais nous travaillons aussi avec Rebekah Del Rio (la chanteuse qui reprend Crying a capella dans Mulholland Drive). Nous avons composé des morceaux plus rêveurs, mais ce n'est pas Blue Bob.


 


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David Lynch





 
 
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