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  Musique : Bluebob (2002) - Les Inrockuptibles - Entretien avec David Lynch  
 
 
Bluebob, bleu de chauffe par Stéphane Deschamps

Critique parue dans les Inrockuptibles, numéro 363, 6 au 12 novembre 2002.

 

Avec John Neff, David Lynch a inventé la musique de friche industrielle [rouillée, mécanique, métallo] habitée de voix sauvages. Ambiance.

bleu de chauffe

Chez les cinéastes américains qui font aussi des disques, on connaissait Vincent Gallo (aussi bon cinéaste que musicien), Harmony Korine (meilleur cinéaste que musicien) et l'on découvre David Lynch. Depuis toujours très impliqué dans la musique de ses films, Lynch a enregistré son premier disque chez lui, dans son propre studio. John Neff, son acolyte de Blue Bob, est l'homme qui a installé le studio. Lequel studio doit se situer à la cave, près de la chaudière derrière laquelle sont tapis des monstres aveugles et velus.

Blue Bob n'est pas un projet de reprises de Bob Marley en blues, mais une sorte de musique mutante, massive et menaçante, à base de blues et d'indus. De la musique industrielle, ou plutôt friche industrielle ; rouillée, cabossée, m écanique, métallo. Blue Bob, c'est pas Blue Velvet, bleu de travail plutôt que velours, ambiance Eraserhead plutôt que Mulholland Drive. Avec Blue Bob, David Lynch tourne son premier rockumentaire sur le travail en usine.

Ici, le cinéaste "psychonirique" fait dans le physique, il retrousse les manches et plonge les mains dans le cambouis. Partout sur l'album, une boîte a rythmes qui grince et tape comme le bras d'un derrick ; et des guitares presque surf, mais qui surfent dans le sillage d'un pétrolier éventré. C'est sûr, du côté de la Lorraine ou de Tchernobyl, au pied du haut-fourneau, Blue Bob va être énorme.

Mais aciérie comme ça. Chez David Lynch, il n'y a pas que la coupe de cheveux qui est rock'n'roll. Dans les meilleurs moments on peut entendre l'influence-stylisée, dégénérée - des rockabs primitifs et séminaux Link Wray ou Gene Vincent. Mais plus encore que ces séduisants démons de l'Amérique déviante, Blue Bob évoque le Suicide Alan Vega - un type qui aurait pu Jouer dans tous les films de David Lynch. Souvent le duo Lynch/Neff rappelle un Suicide californien, avec plus d'espace et moins d'amphètes. Ou John Lee Hooker live at the usine à gaz désaffectée.

Très flippants sont les textes de David Lynch. Dans ses chansons marécageuses et chimiques, on croise des femmes en sweater rose, des flingues vite dégainés, des voitures qui ne roulent que la nuit, des gens qui hurlent et Robert Johnson qui aboie : la faune sauvage, ambiguë et raffinée (comme raffinerie) de Los Angeles (et los diablos). Les textes ne sont pas vraiment chantés, plutôt maugrées, ruminés comme une énorme boule de gomme au mazout dans une bouche de aux dents gatées - d'une voix de tuberculeux médicalement assisté, une voix deTricky aux sinus tuméfiés. David Lynch est vraiment sympa d'avoir retrouvé Elephant Man pour lui confier les parties de chant.


 


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David Lynch





 
 
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