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  Cahiers du Cinéma - Industrial symphony n°1 : L'opéra selon David Lynch  
 
 

 

Industrial Symphony n°1 : L'opéra selon David Lynch, par Bérénice Raynaud

Critique parue dans les Cahiers du Cinéma numéro 426, décembre 1989.

 

 

Le réalisateur de Blue Velvet et Eraserhead "opère" la chanteuse Julee Cruise. Kitsch assuré.

Sur la scène de l'Opéra de la Brooklyn Academy of Music, le 10 novembre 1989 le Festival " New Music America " s'est ouvert avec l'Industrial Symphony n°l de David Lynch et Angelo Badalamenti.

Sur le rideau, deux écrans de cinéma : Laura Dern (co-star de Blue Velvet) sur 1'un, Nicholas Cage (le mari de Kathleen Turner dans Peggy Sue) sur l'autre - tous deux au téléphone. Il lui annonce son intention de rompre et raccroche. Elle pleure. Cut.

Le rideau se lève sur un paysage industriel, où l'on peut distinguer, à la lueur d'effets de lumière qui taillent l'espace et distordent formes et couleurs (éclairs, torches à l'acétylène qui démarrent des mini-incendies, projecteurs de police), une sorte de château d'eau comme on peut en voir au sommet des vieux buildings de Manhattan (plus tard il ressemblera à un silo à grain, puis à un mirador de camp militaire), une voiture (une Buick 1948) : une escadre d'avion de guerre rôdant dans le " ciel " ; et une table roulante d'hôpital sur laquelle est allongée une forme vaguement sanglante : ses membres sont trop longs, sa tête trop grosse pour qu'on puisse l'identifier comme totalement humaine. Musique stridente.

Des cintres descend un homme suspendu la tête en bas. Puis arrive la chanteuse Julee Cruise : flottant dans l'air, voix d'ange articulant un chant d'amour, perruque platine, robe de tulle blanc et souliers à talons, elle a la perversité irréelle des petites filles de Lewis Carrol, l'aspect kitsch des figurines qui font des pointes sur les boîtes à musique, l'incongruité de la dame du radiateur de Eraserhead, l'ingénuité un peu cucul de l'écolière de Blue Velvet.

Un enfant en manteau rouge et bottines blanches traverse la scène. La chanteuse s'écrase au sol, pauvre pantin disloqué, comme un rêve qui s'écroule. Des hommes casqués comnie des pompiers ou des policiers militaires l'enfournent dans le coffre de la voiture. Puis, s'approchant de la table d'hôpital, ils raniment la forme immobile. C'est un homme habillé de rouge, attaché sur des échasses et affublé d'un masque de cerf, qui fait quelques pas maladroits et s'écroule avant de ramper vers les coulisses.

Les trois créateurs d'Industrial Symphony n°l avaient déjà collaboré sur la bande-son de Blue Velvet, en particulier pour la chanson "Mysteries of Love", interprétée par Julee Cruise. Ils ont récemment sorti un disque Floating into the Night. Ils n'ont pas l'intention de donner d'autres représentations de la performance/opéra, mais celle de Brooklyn a été enregistrée sur film : musique vidéo, télévision ? Tout est possible avec Lynch qui travaille actuellement à une série télévisée et est en train de terminer le tournage de son dernier film, Wild at Heart, avec Nicholas Cage, Laura Dern, Isabella Rossellini, Willem Dafoe et Harry Dean Stanton. En janvier, la télévision américaine devrait programmer son soap opera parodique Twin-peaks.

 

 


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David Lynch





 
 
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