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"Lorsque vous dormez, vous ne contrôlez
pas votre rêve. J'aime me plonger dans un monde onirique,
mais fabriqué par moi, un monde que j'ai choisi et sur
lequel j'ai tout contrôle..." David Lynch.
Le rêve qu'on ne contrôle pas, ne serait-ce
pas le rêve de l'autre, celui dans lequel on risque d'être
pris au piège ? Au début du pilote de Twin Peaks,
le cavaleur Bobby Briggs lance à Norma, taquin, avant de
partir prendre du bon temps avec Shelly : "Je te retrouve
dans mes rêves". Et Norma de lui répondre du
tac au tac : "Sauf si c'est moi qui te vois la première".
Allusion à la chanson qu'on entend dans Blue Velvet, et
que Frank épelle à Jeffrey pour qu'il en saisisse
bien le message : "In dreams you walk with me. / In dreams
you are mine".
Alors dans le rêve de qui je suis ? C'est
la question qu'un héros de Lynch évite de se poser
trop clairement. Dans Dune, Paul, qui guide son action sur la
phrase léguée par son père : "The sleeper
must awake", "le dormeur doit s'éveiller"
ne fait en fait réaliser le rêve des deux femmes
parlant à son chevet. Son éveil revient à
s'enfoncer plus profondément dans ce rêve.
L'histoire e Blue Velvet montre que Jeffrey tombe
réellement à la fin dans un monde paradisiaque que
Sandy avait rêvé, celui-là même qu'elle
lui avait décrit avec exaltation. Rêve de jeune fille,
fomenté dans sa chambre merveilleusement nunuche, piège
de bonheur. Mais dans la scène finale, où tout se
conforme à ce rêve, le seul détail dont Sandy
n'avait pas parlé et qui entache l'harmonie, c'est le hanneton
qui se débat dans la bouche de l'oiseau. sandy avait négligé
que le rouge-gorge est prédateur.
Le monde inhumain des insectes est-il une échappée
à un monde englué de gentillesse ? N'est-ce pas
tomber de Charybde en Scylla ? Comme Laura Palmer, en enfer parce
qu'elle a voulu fuir la gentillesse sucrée du monde de
Twin Peaks, qui ressemble à un rêve écoeurant
?
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