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Alors David je voudrais connaître l'histoire de ta production,
tout ce qui s'est passé ...
Cela va prendre beaucoup de temps Didier, c'était drôle, c'est
tout ce que je peux dire, parce que nous avons terminé la première
partie du travail il y a un an et demi.
Et après tu es revenu à Mulholland Drive. Comment était-ce
d'aller dans l'état du Maine pour faire un fim, partir et y revenir
plus tard ?
Très intéressant parce que le film devient quelque chose à résoudre,
comme un puzzle et c'est donc intéressant d'avoir quelque chose
qui te fait penser à encore autre chose. C'est une sorte d'artifice
que j'aimerais refaire puisque que ça me fait travailler différemment.
Peu après qu'ABC refuse le projet (série), tu as donné une
interview et tu as déclaré que tu ne voulais plus entendre parler
de "Mulholland Drive".
Non, je ne voulais plus entendre parler de télévision, mais
le projet de "Mulholland Drive" me fait rêver et j'ai détesté
qu'ils l'abandonnent comme ça. Mais c'était construit d'abord
comme un pilote et un pilote a beaucoup d'ouvertures, lance sur
de nombreuses pistes.
Alors maintenant, "il ne reste" qu'à tourner la fin ? Je
connais ton travail où le final est toujours ouvert. En sera-t-il
de même ici ?
C'était une expérience intéressante, quand une chose mène à
une autre, ce que je peux dire, c'est que c'était passionnant.
La dernière fois que vous avez filmé Los Angeles dans "Lost
Highway", c'était une vision plutôt pessimiste de la ville. Est-ce
la même chose pour ce film ?
C'est un mélange des deux, optimisme et pessimisme.
Est-ce une vision générale sur ...
Non, non, c'est sur des personnes précises, sur ce qu'elles
traversent, ce n'est pas une vision générale; disons que cela
traite d'individus.
Je crois que cela concerne certaines personnes qui sont acteurs
...
Non, non, c'est plutôt sur le fait que certains doivent devenir
acteurs mais seulement certains d'entre eux, pas tous.
Est-il vrai que chaque comédien interprète deux à trois rôles
à la fois ?
Je ne dirais rien là dessus Didier.
Pourquoi Mulholland Drive ? Pourquoi cette longue avenue
de Los Angeles ?
C'est une rue dans le passé, une partie au moins, qui court
toute seule sur la crête de la colline et il y a beaucoup d'endroits
d'où l'on peut admirer la vallée ou Los Angeles et Hollywood en
contre-bas. La route est très sombre et il y a beaucoup de tournants,
tu vois cela donne des sensations, c'est une sorte de route onirique.
Tu es un "spécialiste" des routes. La route de "Lost Highway"
était très spéciale; ça va être la même chose ici ?
Non, rien n'est jamais pareil. C'est l'histoire qui dit comment
il faut la raconter. Chaque histoire est différente et chaque
histoire te raconte des choses différentes.
Il y a des relations qui s'établissent avec les comédiens.
Est-il possible de reprendre les mêmes rapports u nan et demi
après les premières prises ?
Bien sûr, c'est comme retrouver des amis après une absence d'un
an et demi. Des choses se sont passées entre temps, mais de toute
façon, ils restent les mêmes amis.
Et le fait de réécrire l'histoire, était-ce une régression
? DL : Non, parce que c'est une idée qui vient de moi, et j'étais
donc très excité de le faire.
Tu tournes ici dans la vallée, tu tournes des ... DL : Bon,
on surplombe la vallée d'ici, mais je ne sais pas ... Oui peut-être
on voit le côté qui apparaît dans "Mulholland Drive".
Dans "Lost Highway", on est et dans la vallée et sur la colline,
les deux mondes s'opposant. Penses-tu qu'il y a autant de différence
entre les gens de Hollywood et ceux de la vallée ?
Oui, il y a une différence. A Los-Angeles tout semble égal,
au premier regard, tout semble pareil. Mais quand tu commences
à circuler d'un endroit à l'autre, tu ressens des émotions différentes.
C'est abstrait, mais il y a différents "feelings" à L.A. C'est
magnifique, mais ça ne saute pas aux yeux tout de suite. Il faut
le découvrir dans sa globalité, même si ce n'est pas si facile,
mais oui, il y a encore des différences.
Le travail avec Richard Farnsworth dans "Un Histoire Vraie"
a-t-il donné l'envie de travailler à nouveau avec des acteurs
plus jeunes ?
Non, non, ça c'est l'histoire, je le répète, c'est l'histoire
qui dit comment il faut la raconter.
Laura a dit quelque chose de très intéressant hier : quand
tu lui donnes des indications, c'est toujours métaphorique. Pourquoi
?
Parce que je ne veux jamais être trop précis, je cherche le
moyen de faire sortir les choses de l'intérieur et seulement de
cette manière ce qui s'en dégage va être d'une certaine qualité.
C'est donc la façon de travailler avec Laura et ...
Chaque passage est différent, chaque mot, chaque regard, on
veut faire d'une certaine manière et on parle d'une certaine manière.
Avec chaque personne c'est différent, c'est au "feeling".
Il y a un moment où Naomi a un problème avec le texte, et
alors ...
Il prend la caméra !
Tu es allé lui parler. Comment sais-tu quand il faut parler
à un comédien de manière intime et privée ?
Il faut toujours parler aux acteurs un par un, tu peux les regarder
dans les yeux, mais ça veut juste dire communiquer, ce n'est pas
toujours des mots, c'est un regard, une union, et après, tu peux
continuer.
On a dit qu'avec "Une Histoire Vraie", Lynch avait choisi
une manière plus narrative, cela va-t-il continuer ?
Ecoute, Didier, à chaque histoire correspond une méthode, donc
il n'y a pas de pensées préalable pour savoir si je vais d'un
côté plutôt que de l'autre, tu dois juste tomber amoureux de l'histoire
et elle te dit, d'une certaine manière, comment cela doit se passer,
et tu suis ça. Donc ça dépend des histoires et du fait de tomber
- ou non - amoureux d'elles.
Si tu n'avais pas pu tourner la fin du film, serais-tu frustré
?
Quand tu fais quelque chose qui n'est pas complet ou qui reste
dans une forme semi-complète, cela sera toujours une forme de
traumatisme. Tu veux la compléter, c'est comme une main perdue,
et la chance de la terminer de cette manière, est vraiment une
belle chose.
C'est un sentiment de joie ?
Oh oui, avant tout, j'adore tourner et ce film était un gros
projet. En quelque sorte, les idées se concrétisent, tu travailles
et tu te sens bien, oui, c'est génial de travailler.
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