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  Les Inrockuptibles - Une Histoire Vraie : Cannes 1999  
 
 

 

Une Histoire Vraie : Cannes 1999, par Frédéric Bonnaud

Critique parue dans Les Inrockuptibles, numéro 200, 26 mai au 1er juin 1999.

 

 

Encore un Auteur qui survient là où on ne 1'attendait pas, qui prend le risque de la métamorphose au lieu de jouer la carte de la seule reconnaissance. Sous son titre original programmatique, on découvre le film le plus expérimental de David Lynch, expérimental par rapport au système de représentation qu'il a déployé, d'Eraserhead à Lost highway.

Il ne s'agit pourtant pas de nostalgie cinéphilique ou de passéisme formel. En s'emparant de cette Histoire vraie, Lynch n'a pas voulu en profiter pour loucher sur Ford, Capra ou McCarey. Approfondissement n'est pas synonyme de reniement, c'est même tout le contraire. Après l'aboutissement explosif qu'était Lost highway, Lynch avait sans doute besoin de mettre de côté les tourments cérébraux pour revenir à la contemplation acérée du paysage américain et de ses si curieux indigènes. C'est toujours le thème de l'idée fixe, mais cette fois-ci inscrite à vue le long de la route, au fond des jardins, aux coins du plus petit carrefour.

La folie est là, contenue tout entière dans l'anecdote de ce vieillard qui a fait des centaines de kilomètres en tondeuse à gazon pour retrouver son frère, victime d'une attaque, auquel il n'avait plus adressé la parole depuis dix ans. Alors pourquoi en rajouter ? L'effet se suffit à lui-même, à la fois dément et surgi du quotidien le plus banal, donc complètement lynchien. De la pelouse bien verte et un peu trop paisible à la drôle de machine à avancer, en passant par le surgissement de cyclistes bariolés, d'une automobiliste qui attire les cerfs ou d'une fugueuse qui culpabilise grave, on aura reconnu Blue velvet, Dune et Sailor et Lula. D'autant que le film pourrait commencer à Twin Peaks, là où l'étrangeté est si partout présente que plus personne ne la remarque. Sauf Lynch, poète du réalisme fantastique et observateur chevronné des us et coutumes d'une Amérique blanche de peur, de rage ou de néant.

Ni réactionnaire braqué sur le "retour aux vraies valeurs" ni porteur d'un humanisme angélique, Un Histoire vraie est d'abord un sublime éloge de la lenteur qui dure, de l'incident minimal, du silence qui s'écoute et du ressassement à l'infini. Très peuplé, le film est pourtant centré sur un seul personnage; absolument non événementiel, il s'y déroule pourtant une foule de choses. Et sa totale réussite reside dans le contraste qu'il développe entre une vie remplie à ras bord de tristesses ou de remords et le vide à perte de vue dans lequel s'inscrit cette conscience malheureuse qui s'est soudain animée.

A la fois radicalement conceptuel et d'un matérialisme élémentaire, immobile et mouvementé, digressif et linéaire, le film se paie le luxe de faire d'un voyage de réconciliation une charge drolatique contre l'idée même de spectaculaire. Un plan-séquence d'une fixité absolue suffit à dire la guerre, et le mot de la fin est merveilleux de vacuité tranquille et fière d'elle-même. Une Histoire vraie ou l'épure cosmique, le tout sur le rien, le rien sur le tout.

 

 


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David Lynch





 
 
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