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En
septembre 1999, le New Yorker publie un long article, intitulé «Creative
Differences», racontant par le menu comment David Lynch avait tourné
pour la chaîne câblée américaine ABC un pilote pour une nouvelle série
intitulée Mulholland Drive et comment, après moult divergences
et tractations, la chaîne, bien qu'ayant déjà misé 7 millions de dollars,
décida de ne pas le diffuser, mettant ainsi un point final au projet.
Lynch accusa le coup, à la fois meurtri et furieux, victime de décideurs
que le journaliste Tad Friend décrivait comme des trentenaires en costume
Gucci et lunettes de soleil, que terrorise toute prise de risque artistique
face à l'énorme pression des publicitaires et de l'Audimat.
Rythme jugé trop lent. Mulholland Drive devait être un
nouveau Twin Peaks et faire la nique à Friends et à ER
(Urgences) sur la chaîne concurrente NBC. Le pitch, deux
filles paumées dans Hollywood, dont une, Betty, a perdu la mémoire dans
un horrible accident de voiture, avait suscité l'enthousiasme des têtes
pensantes d'ABC. Mais quand Lynch se mit à développer le scénario et
à multiplier les séquences bizarres, le climat s'assombrit. Des mémos
se mirent à circuler avec des questions auxquelles le cinéaste opposa
un silence obstiné. Les premières projections devaient confirmer le
revirement général, l'incompréhension planait face au décousu de l'action,
avec des personnages apparaissant et disparaissant sans aucun lien logique
apparent et, surtout, le rythme était jugé est trop lent. Il faut dire
que Lynch avait livré une version du pilote de deux heures trente quand
ABC en réclamait une d'une heure vingt-huit!
Le 18 mai 1999, un raout au New Amsterdam Theater, à Time Square, rassemble
la presse et le staff d'ABC pour le traditionnel show annonçant la nouvelle
grille de la rentrée d'automne. Parmi les titres des séries jetés en
pâture à l'avidité des médias, plus trace de Mulholland Drive.
Lynch, en route pour Cannes, où il montre The Straight Story,
déclare: «Il n'en veulent pas, ils l'ont détesté.» L'un des jeunes
acteurs du film, Justin Theroux, qui avait refusé au profit du projet
Lynch de jouer dans Wasteland, sitcom pour teenagers qui, elle,
sera bel et bien mise en chantier, renchérit: «ABC estime que l'Amérique
veut Wasteland et pas Mulholland Drive, donc estime que
l'Amérique est stupide. La chose la plus triste, c'est qu'elle a probablement
raison.»
Bataille juridique. Complètement désemparé, Lynch décide de
ranger le pilote dans un tiroir, déclarant qu'on ne le reprendra plus
à dealer avec la télévision. Mais le Studio Canal +, ayant vent de cette
affaire, en particulier par Pierre Edelman, proche de Lynch depuis leur
rencontre au sein de Ciby 2000 (la boîte défunte de Bouygues), décide
de convaincre le cinéaste de transformer le pilote TV en long-métrage
de cinéma. Une bataille juridique sur l'acquisition des droits du film
démarre alors, bataille complexe, puisque trois entités, Disney, Touchstone
Pictures et ABC, sont de la partie.
Il faudra un an, des dizaines d'avocats et des «tonnes de fax»,
dixit Edelman, pour dénouer ce sac d'embrouilles, sans compter encore
avec la recherche des décors et des costumes qui s'étaient perdus et
les dizaines de comédiens éparpillés dans la nature. Mais, aujourd'hui,
tout le monde a l'air très content du résultat quasiment finalisé. Aucune
date de sortie n'est annoncée pour le moment, mais le film devrait être
prêt pour être présenté aux sélectionneurs du Festival de Cannes.
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" David Lynch
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